Publié par : Malika Benarab-Attou | 2 décembre 2009

Etre français, c’est s’inscrire dans les valeurs de la République

Ci-joint un texte déjà ancien mais qui concerne un sujet remis dans l’actualité.
 
Paru sur le site du P’tit démocrate de Chambéry.
 
Bonne lecture : et si vous avez des commentaires, n’hésitez pas !

 

 » Bonjour, en ce beau vendredi 8 mai 2009
 
groupe de soldats des coloniesJ’étais à la cérémonie du 8 mai 45 tout à l’heure et c’est vrai que les combattants africains, maghrébins étaient les grands oubliés de la commémoration et de l’hommage rendus aux morts à Chambéry aujourd’hui. Malgré un très lourd tribut en vies perdues pour nous permettre de vivre en paix aujourd’hui en France.
Pire, le scandale perdure car le traitement des pensions continue à être inégal aujourd’hui malgré la revalorisation mise en place.
On continue à mégoter. (……)
Ferhat ABBAS, ce grand homme, profondément démocrate et humaniste, qui croyait aux valeurs affichées par la République française s’est trouvé face à un Etat colonial, dominateur, discriminant.
C’est ainsi que l’écrivain est devenu indépendantiste et révolutionnaire au nom même de ces valeurs. Le plus républicain n’est pas toujours celui qu’on croit.
 Je suis franco-algérienne, africaine-européenne, héritière de l’histoire de ces peuples.
Je suis prise dans la passion franco-algérienne, qui est le reflet de cet amour de la liberté et de l’égalité et de cette intimité secrète que partagent ces deux peuples qui ne veulent pas reconnaître l’un en l’autre un eux-même nourri à des histoires différentes.

Les Français (on pourrait élargir aux Européens) héritiers de la révolution française, de la philosophie des Lumières et de ses valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité, et les Algériens (on pourrait dire plus largement les Maghrébins) qui se situent dans la lignée des peuples berbères et arabes , fiers de leur liberté, farouches combattants de cette rive sud de la Méditerranée, avides d’égalité se saluant toujours en s’appelant frères (aghma, khoya).

 Etre français, c’est s’inscrire dans les valeurs de la République
Aujourd’hui, franco-algérienne, africaine-européenne, je veux réconcilier ces deux sources de mon identité : celle des Lumières et des valeurs qu’elles portent et celle de la culture des peuples anciens de la berbérité (peuple amazigh) et de la méditerranée plus largement, unis par cette Mer autour de laquelle ils vivent, échangent depuis des millénaires. Ces peuples qui ont créé ensemble une culture singulière, forte, creuset d’un art de vivre et d’une civilisation à part entière : mediterranéenne.

Les identités, enracinées dans l’histoire et la vie des peuples sont plurielles, il faut en prendre conscience et ne pas se mutiler en se représentant comme un être unidimensionnel. C’est possible, c’est le moment, mais à certaines conditions : au-delà de l’affichage des valeurs, reconnaître en France les concitoyens musulmans, d’origine maghrébine ou africaine, comme des citoyens à part entière, ne plus voir en l’Islam (comme on le faisait à l’époque de l’indigénat) une barrière qui cimente une altérité qui déshumanise l’autre. Il faudra bien que les Français regardent leurs voisins et compatriotes tels qu’ils sont et non tels qu’ils les fantasment.

Car l’Islam est un humanisme et la majorité des musulmans en France et au Maghreb vivent cet Islam débonnaire qui les ouvre à la spiritualité et à la fraternité. Bien sûr qu’il y a des hommes qui instrumentalisent l’Islam pour des objectifs de pouvoir, de puissance, mais toute religion et toute philosophie peut être et a été peu ou prou ainsi manipulée à des fins qui sont propres à certains acteurs.
 
Je me suis retrouvée dans l’après-midi même à une terrasse près de 3 jeunes hommes français d’origine maghrébine et nous avons commencé à discuter.
Toute l’histoire coloniale est revenue : bien que des valeurs soient clamées haut et fort (Liberté-Egalité-Fraternité) ces jeunes se vivent dans une société qui ne leur donne pas leur place, parce que d’origine maghrébine, parce que musulmans. Le sentiment de fraternité est celui qui manque le plus cruellement aujourd’hui : comment être frères quand on vous rejette et discrimine du fait de votre origine ou de votre religion ?
Sans reconnaissance rien n’est possible. Tant que la France n’aura pas fait un travail sur son histoire coloniale et tant qu’elle n’aura pas reconnue les faits et les errements de sa politique dans les colonies et en Algérie en particulier, alors le « refoulé » continuera à travailler malgré elle la société française et des comportements inconscients viendront contredire les belles valeurs inscrites à tous les frontons.

Etre français ce n’est pas être blanc ou catholique (désolée M. Gallo) c’est s’inscrire dans les valeurs de la République. Et il faudra bien prendre conscience que le visage de celle-ci a un peu changé, qu’il a pris une couleur plus mate et que la religion qui ouvre l’esprit et le coeur des citoyens français peut aussi être l’Islam.

Malika BENARAB ATTOU

(Aujourd’hui Députée au Parlement Européen) « 

 

Article publié sur le blog le p’tit Démocrate de Chambéry, le 12 mai 2009.


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