Publié par : Malika Benarab-Attou | 19 avril 2010

UE/PROCHE-ORIENT : pour une relance du processus de paix

UE/PROCHE-ORIENT : L’UE disposée à jouer un rôle direct, vraisemblablement en liaison avec Washington.

Bruxelles, 13/04/2010 (Agence Europe)

 

L’annonce, par Miguel Ángel Moratinos, d’une initiative euro-méditerranéenne pour une relance du processus de paix israélo-palestinien et israélo-arabe (EUROPE N° 10116) ne suscite pas encore de commentaires directs mais, indirectement, Israël examine les scénarios possibles et devrait faire connaître son sentiment dans les prochains jours lors de visites à Madrid de dirigeants israéliens (probablement celle du ministre des Affaires étrangères fin avril, comme indiqué par la presse espagnole). Miguel Ángel Moratinos, ministre espagnol des Affaires étrangères, déploie ses bons offices en particulier pour éviter l’échec du « sommet » de l’Union pour la Méditerranée, le 7 juin à Barcelone. Alors que sur le terrain sécuritaire Israël donne l’impression d’agir avec le risque de nourrir les sentiments de révolte qui aboutiraient à une nouvelle intifada, la communauté internationale, y compris l’UE, semble déterminée à agir.

Israël fait face, à l’heure actuelle, à une pression croissante de la communauté internationale et se prépare à réagir aux nouveaux plans et initiatives en gestation, américains et européens, et doit se préoccuper en particulier de l’activité déployée notamment par Paris et Madrid, soutiens directs du Premier ministre palestinien Salam Fayyad que l’UE assiste dans la mise en place des structures d’un État. Le risque le plus grand serait, pour Israël, celui d’un « fait accompli » palestinien – la proclamation unilatérale d’un État souverain conforme aux prescriptions de la légalité internationale. « C’est possible », avait dit M. Moratinos. L’attente principale est dans un éventuel plan de paix américain dont tous les observateurs du conflit pressentent l’imminence. L’initiative passerait, selon certaines analyses, par une plus forte implication de l’UE pour éviter que ne s’aggrave le différend qui marque désormais les relations israélo-américaines sur le gel des colonies et qu’un tête-à-tête mettrait davantage en exergue. Le nouveau plan américain passerait ainsi par une forme de « sous-traitance » européenne. Mais il serait trop tôt pour soutenir une telle thèse.

« Nous sommes prêts pour des négociations – soit directement, soit par des médiateurs. Mais nous pensons que des négociations directes sont la seule véritable alternative pour parvenir à un accord », affirme Avigdor Lieberman, ministre israélien des Affaires étrangères, dans une interview, mardi 6 avril, à une radio de son pays et diffusée sur le site de son ministère. Mais, a-t-il, prévenu: une proclamation unilatérale d’un État palestinien « nous libérera de toutes nos obligations ». Israël pourrait y répondre par « l’extension de sa souveraineté sur les blocs de colonies » existants en Cisjordanie et « des constructions en zone A » (celle contrôlée par l’Autorité palestinienne) « et ainsi de suite ». M. Lieberman observe par ailleurs que « la pression est en augmentation constante (…) elle croît chaque fois que l’on nous ressent comme faibles ».

Et Israël s’interroge dans ce contexte sur la conduite à tenir, comme en atteste le quotidien de droite Jerusalem Post qui s’attend à ce que 2011 soit marquée par la question palestinienne. « Le scénario est finalement assez simple », explique-t-il, « Fayyad parvient à mettre son plan ambitieux à exécution – qui mettra fin à la dépendance économique palestinienne (directement soutenu par l’UE, NdlR), unifiera le système juridique de l’AP (autorité palestinienne). Puis, il décide qu’il est temps de proclamer un État ». Le problème est celui « des implantations israéliennes en Judée-Samarie (Cisjordanie, NdlR) ». Car l’unique moyen de s’en débarrasser pourrait consister à déclencher une « guerre palestinienne de liberté ». Le deuxième scénario ne serait pas moins préoccupant « une fois le plan Fayyad appliqué, le chef du gouvernement (Fayyad) se tournera directement vers le Conseil de sécurité de l’ONU pour obtenir la reconnaissance d’un État de Palestine fraîchement formé. Dans ce cas, les Européens voteront sans doute pour. Les Russes et les Chinois aussi. Seul l’avis des États-Unis pourrait faire pencher la balance. D’un côté, Washington a toujours eu recours à son veto (…). De l’autre, si la crise actuelle entre Jérusalem et la Maison Blanche n’est pas rapidement résolue, le président Obama pourrait choisir le camp palestinien ». Décision qui se traduira alors par l’appel immédiat au retrait israélien de la Judée-Samarie. Et si l’Etat hébreu ne coopère pas, il tomberait inévitablement dans la catégorie des « États parias ». Le troisième scénario, la conclusion rapide d’un accord, serait, selon le Jerusalem Post, parmi toutes les alternatives « celle que l’armée préférerait ». Il estime que « si les négociations indirectes – acceptées avant l’annonce du plan de construction à Ramat Shlomo – sont bel et bien relancées dans les semaines à venir, il est tout à fait possible d’envisager la conclusion d’un accord d’ici l’été 2011. Le contexte semble favorable », même si « le gouvernement Abbas-Fayyad n’est pas aussi solide que certains aimeraient le croire » et ceux-ci seraient tentés d’aller de l’avant par crainte du déclenchement d’une nouvelle intifada.

D’autant que sur le terrain l’atmosphère est tendue suite à une décision de l’armée israélienne, décriée par les ONG humanitaires, d’interdire les mouvements de personnes entre Gaza et la Cisjordanie, paralysant ainsi la vie économique et sociale. Les médias rapportent notamment une déclaration du Centre HaMoked, une ONG israélienne de défense des droits de l’homme, qui dénonce le décret militaire israélien (applicable dès mardi 13 avril) qui fixe de nouvelles conditions au séjour en Cisjordanie. Son aboutissement serait, selon l’ONG, d’expulser des dizaines de milliers de Palestiniens qui y vivent. La France s’est dite « très préoccupée » par la décision d’Israël.

Le Washington Post confirme à son tour que la concordance des intérêts joue en faveur d’un mouvement diplomatique: « la paix sera dans l’intérêt de tout le monde, les protagonistes comme les grands acteurs de la diplomatie mondiale, les États-Unis en tête, mais le dévoilement, routinier, d’une proposition de paix des États-Unis ne suffira pas. Seul un geste audacieux et spectaculaire dans un cadre historiquement significatif pourra générer la dynamique politique et psychologique nécessaire pour une percée majeure ». Pour donner plus de sens à un tel geste, le journal suggère au président Barack Obama de faire le voyage dans la région et de s’adresser à la Knesset et au Conseil législatif palestinien et de le faire en compagnie de dirigeants arabes et des membres du Quartette, dont l’UE. « Un discours d’Obama en vieille ville de Jérusalem, adressée à toutes les personnes dans la région et qui rappellerait son discours du Caire au monde musulman en juin 2009, pourrait être le point culminant de ce voyage pour la paix ». (F.B.)

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