Publié par : Malika Benarab-Attou | 7 juin 2010

Les lecteurs de livres numériques restent hors de prix pour la plupart des gens

Voici l’interview de MBA menée par le site actuaLitté.com au sujet des lecteurs de livres numériques :

 

actualitté.com : Le ministère de la Culture en France parle du dépôt d’un projet de loi sur le livre numérique d’ici à juin. Qu’en est-il au niveau européen ?

MBA : La numérisation des livres pose de nombreux défis culturels et économiques à l’Union européenne, qui cherche à élaborer des solutions communes afin de promouvoir et de simplifier l’accès du patrimoine culturel européen en accentuant l’effort d’harmonisation et d’échanges des données et des œuvres au niveau européen.

Au Parlement européen, un rapport portant sur la bibliothèque numérique Europeana a été voté en avril dernier. Dans ce cadre, les discussions ont beaucoup porté sur la question des œuvres littéraires protégées par le droit d’auteur, notamment les œuvres épuisées et orphelines, et sur l’intérêt de l’usage de licences collectives étendues ou d’autres pratiques de gestion collectives, ce pour quoi les Verts/ALE sont très en faveur. Notre volonté est en effet de promouvoir un Internet libre et ouvert au service de la diffusion démocratique des savoirs.

Par ailleurs, le 19 mai dernier, la Commission européenne a annoncé sa stratégie numérique pour l’Europe, et compte proposer d’ici 2011 une directive-cadre sur la gestion collective des droits visant à renforcer la transparence de la gestion des droits, ainsi qu’une directive sur les œuvres orphelines pour faciliter la numérisation et la diffusion des œuvres culturelles en Europe.

actualitté.com : Dans la législation de la Commission européenne on a l’impression de jongler entre l’absurde et le surréalisme, pour la TVA sur les livres audio. Pourquoi tant de complexité dans les décisions ?

MBA : Les questions de TVA sont en règle générale toujours complexes. D’un côté, il y a le cadre juridique européen, proposé par la Commission européenne. De l’autre, les États membres cherchent systématiquement à négocier autant de dérogations que possible pour protéger leur pré carré. Les tensions qui en résultent rendent le processus décisionnel excessivement compliqué. Voilà la raison majeure de la complexité, qui donne cette impression d’absurde. Et c’est toujours comme cela sur les questions fiscales !

actualitté.com : Qu’advient-il d’Europeana ? Depuis son lancement, on a l’impression que le projet stagne… A-t-il réellement pour ambition d’être une alternative à Google books ?

MBA : C’est en 2011, lors de la seconde phase du projet, que la bibliothèque numérique Europeana devrait prendre toute son ampleur avec le lancement d’une Europeana.eu vraiment opérationnelle permettant un accès multilingue plus affirmé et l’utilisation de certaines caractéristiques du web sémantique. Ce portail, lancé en novembre 2008, donne aujourd’hui accès à plus de 6 millions de documents numérisés. C’est trop peu, mais la contribution des États membres est très inégale : près de la moitié des œuvres proposées sur le portail européen proviennent de sources françaises. L’Allemagne contribue à hauteur de 16 %, les Pays-Bas et le Royaume-Uni 8 %, tandis que la part de chacun des autres pays est égale ou inférieure à 5 %…

Il faut également assurer le fonctionnement et la pérennité du portail en facilitant les accords avec les musées, les archives et les bibliothèques, et élaborer un modèle de financement durable, car la numérisation des œuvres culturelles est une entreprise d’envergure très coûteuse.

Par ailleurs, il reste à trouver des solutions pour la numérisation de masse de documents couverts par le droit d’auteur et sensibiliser les Etats membres à l’importance de l’enjeu, si l’on veut éviter de ne trouver sur le portail que des œuvres culturelles antérieures à 1900. Or, la plupart des États membres ont très peu progressé sur cet aspect depuis la recommandation de la Commission de 2006 sur la numérisation et la conservation numérique.

Pour revenir à votre question sur Google books, l’un des objectifs d’Europeana est clairement de faire en sorte que l’on n’arrive pas à une situation où les livres numérisés d’auteurs européens ne soient disponibles qu’à partir du territoire des États-Unis. Il est donc nécessaire de faire évoluer les outils de protection des droits d’auteur rapidement, avec pour objectif d’assurer un équilibre entre protection légitime des auteurs et garantie de l’existence d’un domaine public riche, et en faisant attention à ce que le public européen ne se trouve pas défavorisé par rapport au public américain.

Aussi, toutes les mesures nécessaires devraient-elles être prises pour éviter une nouvelle fracture numérique et pour protéger les intérêts européens communs à long terme.
 

actualitté.com : Dans une optique tout aussi européenne et culturelle, est-il envisageable que la Commission européenne mette en place une manifestation tournée autour du numérique ?

MBA : Une sorte de Foire de l’ebook, pourquoi pas ? Je pense en effet qu’organiser une Foire européenne de l’ebook serait une très bonne idée, mais le projet n’est pas encore à l’ordre du jour à la Commission européenne. Et quid de la volonté des États membres de mettre en place ce type de manifestation ?

Cette Foire reste pourtant envisageable, car elle permettrait de lancer un débat public véritablement européen sur le numérique et favoriserait l’échange d’informations et d’expériences sur une question d’intérêt commun devenue cruciale, tout en contribuant à l’épanouissement du patrimoine culturel européen.

Elle viendrait idéalement compléter les actions déjà entreprises par la CE au niveau local, par le biais de financements de projets. Car les enjeux liés au numérique sont multiples : inclusion, initiation aux nouvelles technologies, éducation aux médias, formation des enseignants à la pédagogie numérique… toutes ces questions essentielles doivent être traitées au plus près des citoyens, par le biais d’un appui européen aux initiatives locales.

actualitté.com : On évoque souvent la question des économies de papier, avec l’utilisation de lecteurs de livres numériques. Comment une telle solution pourrait-elle s’ancrer dans le programme d’Europe écologie ? Serait-ce une solution intéressante ?

MBA : Pourquoi pas, mais les lecteurs de livres numériques restent hors de prix pour la plupart des gens. De plus, il faudrait mettre au point un modèle sans DRM , un peu sur le modèle de ce que commercialise aujourd’hui In libro veritas. Autrement, ce serait encore une fois un piège pour les données personnelles.

Enfin, développer le livre numérique comme alternative au papier nécessiterait de supprimer, voire d’interdire toutes les formes d’entraves technologiques qui favorisent les monopoles d’utilisation.

Google books, puis Google Editions, La librairie en ligne… et Amazon… et Apple… Que vous évoquent toutes ces sociétés ? Toutes ces sociétés, qui ont su remporter un franc succès sur internet, ne sont pas d’origine européenne. Cela donne à réfléchir, quand on sait que les marchés, au sein de l’UE, restent très cloisonnés. Nous devrions aujourd’hui avoir un marché unique afin de bénéficier des avantages de l’ère numérique, et pour ce faire, simplifier l’acquittement et la gestion des droits d’auteur et l’octroi de licences transnationales.

(Et un grand merci à L.F.)

 

Retrouvez cette interview sur le site actuaLitté.com


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