Publié par : Malika Benarab-Attou | 19 juin 2010

Le Collectif Maghreb Solidarité s’engage à contribuer à bâtir des ponts de solidarité entre les deux rives de la Méditerranée

Le jeudi 10 juin, s’est tenue à la Bourse du Travail de Paris (Place de la République), une réunion d’information en solidarité avec les luttes sociales  et pour les libertés syndicales au Maghreb, à l’initiative du Collectif Maghreb Solidarité, qui regroupe un ensemble d’associations, syndicats et formations politiques(*).

 

Ce fut l’occasion de rappeler les circonstances de création de ce réseau de solidarité. C’est à la suite de la répression sauvage et simultanée qui s’est abattue sur les mouvements sociaux qu’ont connu, en juin 2008, le bassin minier de Gafsa, en Tunisie, et  la population de Sidi Ifni au Maroc, que diverses organisations ont pris l’initiative de coordonner la solidarité en créant ce réseau associatif.

 

Les participants ont salué cet élan de solidarité internationale active qui s’est concrétisée par l’envoi d’observateurs, la tenue de différents rassemblements et réunions pour populariser la lutte en question et pour soutenir les victimes et leurs familles.

 

La soirée a débuté par la projection du film « Redeyef : le combat de la dignité » qui retrace l’histoire de ces deux dernières années à travers les mots de femmes, d’épouses ou de mères, d’ex- prisonniers du Mouvement du Bassin Minier de Gafsa.

 

Un participant à la délégation intersyndicale française (CFDT, CGT, FSU & Union Syndicale Solidaires) qui s’est rendu récemment sur place a fait le point sur la situation actuelle. Les prisonniers qui ont obtenu une libération conditionnelle en novembre 2009 n’ont pas été pour autant amnistiés. Pour cette raison, ils peuvent retourner a tout moment en prison, ce qui est le cas pour l’un d’entre eux, et aucun n’a retrouvé son emploi. Un inculpé qui était en fuite au moment des premiers procès vient d’être jeté en prison pour quatre ans. Cela risque d’être la même chose pour le journaliste Fahem Boukadous dont le procès en appel est prévu pour le 22 juin. Il en est de même pour notre camarade Mohieddine Cherbib de la FTCR, condamné par contumace, pour délit de solidarité.

 

Le témoignage saisissant du syndicaliste Hamza Barakat, ouvrier licencié avec ses 849 collègues de la société SMESI appartenant à l’Office Chérifien de Phosphates (OCP), venu spécialement de Khouribga (Maroc), a illustré le sens de la mission du Collectif Maghreb Solidarité : informer concrètement sur les raisons, les objectifs et les difficultés de cette lutte qui date de plus de 10 mois. La persécution vécue par les licenciés, l’absence de moyens de subsistance génèrent des  drames familiaux et humains. Tout ceci, nous interpelle et exige des actes et des gestes de solidarité. D’autant plus que,13 ouvriers de SMESI et 2 militants solidaires, viennent d’être condamnés le lundi 7 juin 2010 à 4 mois de prison ferme et 500dh d’amende.

 

D’autres témoignages et déclarations ont alimenté et enrichi cette réunion d’information, comme celle de Mme AIT SI RAHAL qui relate l’affaire de son époux M. Mohamed AIT SI RAHAL. Un immigré marocain qui décède, en 2002, au commissariat de Marrakech suite à la torture infligée par un officier de police. Les autorités marocaines tergiversent à exécuter le jugement rendu (10 ans d’emprisonnement) et le tortionnaire est toujours à son poste de travail.

 

Une jeune étudiante intervenant au nom du comité de soutien, décrit ce que subissent les militants de l’Union Générale des Etudiants de Tunisie (UGET) qui sont persécutés et torturés, interdits de passer leurs examens, exclus de l’Université, uniquement pour avoir exigé des conditions de logement décentes. Le pouvoir persiste à interdire la tenue du congrès de cette centrale syndicale étudiante, dont des militants ont été jugés et sont actuellement emprisonnés.

 

Un militant sahraoui, confirme que les pratiques de la direction de l’OCP sont les mêmes au Sahara Occidental (discriminations à l’embauche, interdiction de toute activité syndicale…). Une politique qui va de pair avec celle exercée à l’égard des étudiants sahraouis dans les universités marocaines…

 

Un message commun des syndicats autonomes algériens et du CISA (le comité international qui les soutient) souligne la volonté de l’Etat Algérien à persister à criminaliser les mouvements sociaux et à interdire toute activité syndicale indépendante.  Les syndicats autonomes subissent harcèlement, suspension, menaces de dissolution et création de clones. Les luttes se diversifient, telle celle des cheminots qui revendiquent des salaires décents avec pour mot d’ordre «ce n’est pas à nous de payer leur crise».

 

Au cours d’un échange avec la salle, les participants ont exprimé leur soutien, complété les informations données, dénoncé la mondialisation capitaliste, et appelé à l’unité de la classe ouvrière et à amplifier nos luttes et nos combats en faveur des luttes sociales menées par les peuples du Maghreb.  L’assassinat ignoble du syndicaliste Farhat Hached est cité comme exemple pour témoigner de la portée et de l’importance de la solidarité internationale active.

 

Un camarade de la Plateforme Panafricaine a fait part de son désir de maintenir les contacts avec notre Collectif dans l’esprit d’un travail en commun.

 

Les organisateurs de cette initiative se sont engagés à retenir les principales idées émises lors de cette chaleureuse réunion :

 

– concrétiser la solidarité internationale en popularisant les différentes luttes qui se mènent au Maghreb,

– mutualiser les forces existantes pour apporter l’aide nécessaire aux victimes de la répression qui s’abat sur les mouvements sociaux au Maghreb,

– dénoncer la complicité des gouvernants français qui cautionnent par leur silence et leurs agissements les politiques répressives constatées dans les pays du Maghreb

– poursuivre et intensifier l’activité du Collectif en faisant circuler entre le Maghreb et la France les informations sur les luttes, en impulsant des activités concrètes : communiqués de presse, pétitions, interventions en direction des Etats et des élus, rassemblements, manifestations, solidarité matérielle, etc.

 

Le Collectif s’engage à contribuer à bâtir des ponts de solidarité entre les deux rives de la Méditerranée.

 

 

Paris le 14 juin 2010.

 

 

(*)Participent au «Réseau Maghreb-Solidarité» les organisations suivantes:

Associations: AMF, ASDHOM, ATF, ATMF, CEDETIM, CISA, Comité de soutien au Bassin Minier, CORELSO, CRLDHT, FTCR, Groupe de soutien AMDH Paris, MRAP,…

 

Syndicats: CNT, Union Syndicale Solidaires, …

 

Partis politiques: FASE, NPA, PCF, PCOF, PG, Verts, Voie Démocratique – Maroc, le Mouvement Ettajdid (PCOT, PDP – Tunisie)…


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