Publié par : Malika Benarab-Attou | 15 novembre 2010

Hommage à Mohamed Arkoun

Mohamed Arkoun [1928, Taourirt-Mimoun (Kabylie, Algérie) – 14.09.10, Paris], « Passeur des cultures »

 

 

Décédé en septembre 2010, Mohamed Arkoun est un intellectuel franco-algérien, philosophe et historien de l’Islam très cher à Malika Benarab-Attou. Portrait de l’humaniste…

 

 

Mohamed Arkoun est né en 1928 dans un petit village de Kabylie et dans un milieu très modeste. Il a fréquenté l’école primaire de son village avant de poursuivre ses études secondaires chez les Pères Blancs à Oran, et d’étudier la littérature arabe, le Droit, la philosophie et la géographie à l’Université d’Alger.

 

Il est l’un des professeurs les plus influents dans l’étude islamique contemporaine. Professeur émérite d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne (Paris III), il y a développé une discipline, l’islamologie appliquée, discipline qu’il a développée dans de nombreuses universités européennes et américaines. Participant activement au dialogue interreligieux, en prenant notamment part aux activités du GRIC (Groupe de recherche islamo-chrétien) de 1978 à 1982, l’on le dénommait alors « passeur des cultures ».

 

Situé dans la branche critique du réformisme musulman, Mohamed Arkoun prônait le modernisme et l’humanisme islamique. De très nombreux ouvrages consacrent sa pensée; La Pensée arabe (Paris, 1975), Lectures du Coran (Paris, 1982), Penser l’islam aujourd’hui (Alger, 1993), The Unthought in Contemporary Islamic Thought (Londres, 2002), etc.

 

« Le Coran est un texte ouvert qu’aucune interprétation ne peut clore de façon définitive et orthodoxe. Au contraire, les écoles dites musulmanes sont des mouvements idéologiques qui soutiennent et légitiment les volontés de puissance de groupes sociaux en compétition pour l’hégémonie », défendait-il dans son ouvrage « Pour une critique de la raison islamique » (éd. Maisonneuve & Larose, 1984).

 

Convaincu que l’événement historique de « la parole coranique devenue texte » n’avait pas bénéficié de l’intérêt scientifique qu’il méritait, Mohamed Arkoun appuyait l’idée que « les trois définitions de la révélation » (la définition juive, la définition chrétienne et la définition musulmane) ne pouvaient pas être dissociées, et que leur étude apportait à chacune des éclairages salutaires.

 

Directeur scientifique de la revue Arabica, Mohamed Arkoun a joué un rôle significatif dans l’érudition du langage occidental sur l’islam. En s’interrogeant sur la possibilité et la façon de repenser l’islam dans le monde contemporain, sa réflexion a fourni un contrepoids aux interprétations parfois fortement idéologisées du monde musulman et occidental.


Mohamed Arkoun a aussi été membre du Comité directeur puis du Jury du Prix Aga Khan d’architecture (1989-1998), du Jury international du Prix UNESCO de l’éducation pour la paix (2002), et du Conseil scientifique du Centre international des sciences de l’homme de Byblos (Liban, UNESCO).

 

En juillet 1996, il est fait officier de la Légion d’honneur, puis officier des Palmes académiques. L’université d’Exeter (Royaume-Uni) lui attribue ensuite le titre de docteur honoris causa. En 2001, Mohamed Arkoun est invité à donner les « conférences de Gifford » (Gifford Lectures) à l’université d’Édimbourg (Écosse), l’un des honneurs les plus prestigieux dans le milieu universitaire, qui permet à un chercheur de renommée de contribuer à l’« avancement de la pensée théologique et philosophique ». Il reçoit en 2002 le 17e « Giorgio Levi Della Vida Award » pour l’ensemble de ses contributions dans le domaine de l’étude islamique. Enfin en 2003 il est lauréat du Prix Ibn-Rushd.

 

Sa pensée a fait de lui l’un des plus grands intellectuels contemporains musulmans d’Algérie, tout en mettant dans l’embarras nombre de responsables religieux qu’il accuse d’autoritarisme dogmatique, mais aussi nombre de responsables politiques, lorsqu’il insiste notamment sur l’inégalité face à l’accès au savoir. Dès les années 1986, il lui sera interdit de participer à des activités culturelles ou intellectuelles dans son pays.

 

Radio Alger accueille le Professeur Mohamed Arkoun pour discuter du Maghreb, de « L’Homme au Maghreb ».

  

 

 

 


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