Publié par : Malika Benarab-Attou | 25 janvier 2011

Tunisie : le début d’une ère démocratique au Maghreb ?

La Tunisie a tourné la page du régime Ben Ali mais le gouvernement provisoire est toujours défié par la rue. Les manifestants réclament le départ des ministres qui ont servi sous l’ancien Chef de l’Etat. L’instabilité risque-t-elle de perdurer ? La révolution démocratique pourrait-elle s’étendre aux autres pays du Maghreb ? Deux députés européens spécialistes de la question donnent leur avis.

 

Les évènements se sont enchaînés avec une rapidité inattendue en Tunisie. Néanmoins, la situation semble s’enliser depuis quelques jours. Les manifestants restent dans la rue et le gouvernement provisoire ne réussit pas à faire l’unanimité. La révolution du jasmin s’essoufflerait-elle ?

 

Un changement d’attitude de l’Union européenne

 

L’Union européenne (UE) a signé en 1995 un accord d’association avec la Tunisie et a développé des relations particulières avec un régime qui est aujourd’hui unanimement critiqué. « Je pense que c’est dû aux relations commerciales et économiques très fortes. Beaucoup de gens ne voulaient pas voir la situation en face car ils avaient des maisons, des commerces, des entreprises. Ces intérêts économiques ont pris le pas sur les valeurs démocratiques », explique la franco-algérienne Malika Benarab-Attou, qui siège au Parlement dans le groupe des Verts.

 

Son groupe a fermement critiqué l’attitude de l’UE par le passé, la jugeant trop accommodante avec le régime de Ben Ali. « En tant que Verts, on était seuls à s’inquiéter sur les problèmes de droits de l’homme au Maghreb et en Tunisie », rappelle-t-elle aujourd’hui.

 

L’Italien Pier Antonio Panzeri (Socialistes et démocrates), qui mène la délégation parlementaire avec les pays du Maghreb, apporte un autre éclairage. Pour lui, l’UE a coopéré avec certains gouvernements « pour lutter contre le terrorisme et le fondamentalisme et afin de mieux contrôler les flux migratoires ». Par ailleurs, il estime que l’UE a été plus tournée vers les pays de l’Est que ceux du Sud du fait des élargissements. Et s’il explique la position européenne des dernières années, il ne la justifie nullement : « Ce genre de compromis(sion) ne devrait pas se répéter à l’avenir ».

 

Le Parlement européen attend de voir l’évolution de la situation pour prendre position

 

Les députés n’ont voté aucune résolution sur la Tunisie la semaine dernière à Strasbourg, au grand dam des Verts et de la Gauche unitaire. Seul le Président Jerzy Buzek et les dirigeants des principaux groupes politiques se sont exprimés sur le sujet. « Les accords se font souvent avec toute la gauche mais les socialistes ont refusé [de demander le vote d’une résolution]. On était très fâchés… (…) Les intérêts ont pris le pas sur les valeurs », attaque Malika Benarab-Attou.

 

Pour Pier Antonio Panzeri, « on ne connaît pas l’évolution future de la situation ». « Pour voter une résolution, il faut avoir les idées claires et voir les perspectives de notre action en Tunisie et au Maghreb ». En clair, rien ne sert de se précipiter. Une opinion qui semble avoir eu gain de cause dans l’hémicycle.

 

Un contexte favorable à la démocratie en Tunisie

 

Certains analystes craignent un chaos généralisé en Tunisie, d’autres espèrent une contagion aux autres pays du Maghreb. Il ne faut néanmoins pas perdre de vue les spécificités du problème tunisien. La population est éduquée (90% est allée à l’école) et de nombreux militants qui avaient fui le pays reviennent maintenant avec une expérience de la démocratie, souligne Malika Benarab-Attou.

 

Pier Antonio Panzeri parle lui d’une « prédisposition pour les réforme économiques, sociales et démocratiques » et met en avant la culture laïque forte qui « doit être préservée ».

 

Reste maintenant à unir le pays derrière son gouvernement… « Le peuple tunisien veut que les ministres qui étaient dans le gouvernement de Ben Ali partent et que les nouveaux ministres démocrates soient fortement soutenus. Ce soutien peut passer par l’Europe mais c’est aux Tunisiens de décider », selon Malika Benarab-Attou.

 

L’Union pour la Méditerranée, l’horizon du Maghreb ?

 

Si l’UE n’est pas présente au Maghreb, d’autres prendront le leadership, met en garde Malika Benarab-Attou. Les Etats-Unis l’ont bien compris et « ont réagi plus vite que l’UE face à la question tunisienne ».

 

Dans les faits, certains instruments européens sont déjà en place et pourraient servir de cadre aux relations entre l’Europe et le Maghreb. L’Union pour la Méditerranée pourrait jouer un rôle crucial. « Si l’Europe passe à côté d’une Union pour la Méditerranée forte, elle n’aura plus de place en tant qu’acteur dans ce monde polarisé », milite Malika Benarab-Attou.

 

« L’Union pour la Méditerranée n’existe que sur le papier mais n’a pas encore agi du tout », répond Pier Antonio Panzeri. « Tous ces instruments sont en place mais il faut les ressusciter. Il faut qu’ils soient en mesure d’établir les bonnes politiques au Maghreb et les pays nord-africains. (…) Il faut se débarrasser des politique spost-coloniales que certains pays maintiennent toujours ».

 

Photo: ©BELGA_EPA_STR


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