Publié par : Malika Benarab-Attou | 3 février 2011

Les manifestations antigouvernementales en Egypte et la révolution de jasmin en Tunisie font débat

La révolution de jasmin en Tunisie et les manifestations en Egypte étaient à l’ordre du jour de la session plénière du Parlement ce mercredi 2 février. Les députés ont débattu avec la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, des changements en cours au Maghreb et au Mashrek. Ils votent ce jeudi midi 3 février une résolution sur la Tunisie et devraient faire de même sur l’Egypte dans deux semaines. « L’usage de la force n’est pas la réponse », a déjà souligné le Président du Parlement, Jerzy Buzek.

 

 

La majorité des groupes politiques ont critiqué à la fois l’absence de réaction européenne d’une seule voix, suite aux manifestations intervenues en Egypte et en Tunisie, et l’ambivalence de l’appui de l’Europe aux manifestants et à leur cause. Lors du débat avec Catherine Ashton, l’Assemblée a demandé un examen de la politique de voisinage de l’UE en Méditerranée à la lumière de son échec apparent, en vue de permettre des réformes. La Haute Représentante Ashton a commencé par exprimer son admiration pour la dignité et le courage des manifestants, ajoutant que tant en Tunisie qu’en Egypte, les événements ont atteint « un point de non retour ».

 

A propos de l’Egypte, la Haute Représentante a déploré le fait que les manifestations pacifiques tournent à la violence et a exprimé son inquiétude au sujet des rumeurs selon lesquelles des balles réelles auraient pu être utilisées aujourd’hui. Elle a appelé le gouvernement égyptien à libérer tous les manifestants détenus, et rétablir l’accès aux réseaux de communication. « Pour moi, la politique consiste à changer les choses, aider les gens à améliorer leur vie », a-t-elle déclaré, ajoutant que « le moment d’une transition ordonnée est venu ».

 

Sur la Tunisie, elle a informé le Parlement de sa rencontre avec le nouveau ministre des affaires étrangères du pays et de la décision de fournir une assistance au nouveau gouvernement – à la fois technique et juridique – pour la transition ainsi qu’une aide à la société civile. Elle a indiqué que le Conseil réexaminera ses priorités « afin que nous puissions adapter notre assistance aux besoins de la société tunisienne. » Elle a également salué la délégation du Parlement dans le pays, soulignant qu’il est « important pour les Tunisiens de voir notre engagement en faveur de leur transition démocratique » et a annoncé qu’elle allait se rendre en Tunisie la semaine prochaine.

 

Au nom du groupe PPE, José Ignacio Salafranca Sánchez-Neyra (ES) a déploré le fait que l’UE « ait été prise à contre-pied » par la crise actuelle. Les principales conclusions à tirer sont les suivantes : l’UE a besoin d’une plus grande visibilité et de parler d’une seule voix, et « nous n’avons pas appris les leçons  de fréquenter les ennemis de la démocratie ». Enfin, à côté de l’objectif à court terme de soutien à la transition démocratique, à moyen terme, « l’UE doit envisager de revoir profondément sa politique de voisinage en Méditerranée », a-t-il déclaré. 

 

Adrian Severin (S&D, RO) a averti : « si les bouleversements sociaux apportent une garantie de changement, il n’y a aucune garantie de changement vers un mieux ». Il a demandé une analyse approfondie de la situation, afin d’éviter d’aller dans le sens d’un autre type de totalitarisme. Il a appuyé la Haut Représentante dans sa stratégie de mettre l’accent tant sur la réforme que sur la stabilité, mais a averti que « le diable est dans les détails ».

 

Guy Verhofstadt (BE), au nom du groupe ADLE, faisant un parallèle avec les événements de 1989 en Europe, a exprimé sa déception du fait que l’Europe « a échoué à apporter un soutien aux gens dans la rue ». Selon lui, l’Europe a commis deux erreurs: « Nous n’avons pas vraiment pris la mesure de ce moment historique à temps et nous n’avons pas réussi à analyser correctement la situation ». Il a appelé la Haute Représentante à modifier la position de l’UE. « L’UE doit se tenir à 100% derrière le peuple égyptien et de ses exigences. Moubarak devrait laisser son pays à la démocratie, a conclu le leader libéral.

 

S’exprimant au nom du groupe des Verts, Daniel Cohn-Bendit (FR) a critiqué la Haute Représentante Ashton pour avoir appelé au calme en Egypte: « il n’y aura le calme que si Moubarak s’en va », a-t-il insisté. Il a également attiré l’attention sur le fait que pour toute élection à venir, l’UE devrait s’assurer que toutes les parties aient un accès égal aux moyens de financement des campagnes, étant donné les divergences importantes de ressources des différentes forces politiques en Egypte.

 

Charles Tannock (ECR, UK), se référant au « vent de changement » qui souffle en Afrique du Nord, a attiré l’attention sur la tendance inquiétante à  la violence et a déclaré que le président Moubarak « ne peut jouer un rôle dans la transition en se retirant. » « Je ne veux pas une tyrannie séculaire ou une théocratie islamiste », a affirmé le député, ajoutant que l’UE devrait soutenir une démocratie libérale, fondée sur la stabilité, la paix et la démocratie.

 

Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL, FR) a mis en garde contre l’ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie et de l’Egypte. Elle a fait observer que les Tunisiens avaient atteint leurs objectifs eux-mêmes et que l’UE devrait les laisser « faire leur travail ». En même temps, elle a estimé « de mauvais goût » de parler de l’ouverture des marchés à ce stade, le rôle de l’UE dans la libéralisation de l’économie en Tunisie ayant conduit l’ancien Président Ben Ali et sa famille à faire du profit ».

 

Fiorello Provera (EFD, IT) a attiré l’attention sur les risques liés à la situation actuelle: l’islamisation possible de ces pays – selon le modèle de la révolution iranienne – et une aggravation de la situation économique conduisant à un chômage plus élevé et à des flux migratoires vers l’Europe accrus.

 

Nicole Sinclaire (NI, UK) a noté que le peuple égyptien espère désormais une aide sans conditions de l’Union européenne. Elle a également exprimé son mécontentement quant au sort des fonds de l’UE en Tunisie. « Si l’argent avait été utilisé pour les réformes, les gens ne se seraient pas révoltés, dit-elle, demandant à la Haute Représentante de vraies réponses sur la destination finale des fonds de l’UE.

 

Le vote sur la proposition de résolution commune sur la Tunisie interviendra demain et les propositions de résolutions concernant l’Egypte seront votées lors de la session plénière du mois de février de Strasbourg.

 

Crédit photo: BELGA / AFP / Marco Longari


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