Publié par : Malika Benarab-Attou | 21 novembre 2011

Entre militantisme et diplomatie, la voix singulière d’une élue du parlement européen

XIème rencontre interparlementaire Union Européenne-Algérie

 

C’est dans le cadre de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb du Parlement européen que Malika Benarab-Attou s’est rendue à Alger du 2 au 5 novembre 2011. Ce fut la XIème rencontre interparlementaire Union Européenne (UE)-Algérie.

La visite de la délégation s’est déroulée à un moment crucial dans le processus de réforme politique mené actuellement par l’Algérie. Dans le cadre de la rencontre interparlementaire UE-Algérie, les échanges de vues ont porté sur des questions d’intérêt commun telles que la coopération entre l’Algérie et l’UE, les réformes politiques et la situation de l’Algérie dans le contexte régional du Maghreb.

 

   Sur le chemin de la démocratisation ?

 

Malika Benarab-Attou est arrivée en Algérie quelques jours avant la visite officielle de la délégation pour rencontrer la société civile dans sa diversité et sa richesse. Elle a été particulièrement émue par les témoignages des familles de disparus et de victimes du terrorisme. Elle salue le courage de ces familles dans leur combat pour la vérité et la justice. Elle appelle les autorités à s’interroger sur la Charte de Réconciliation nationale ; cette Charte ne respecte pas la douleur des parents de victimes car il est impossible aux familles de faire leur deuil.

Pourquoi ne pas mettre en place, comme l’ont fait d’autres pays, une commission d’enquête, indépendante, pour la recherche de la vérité ? Car sans justice, comment faire son deuil ?

 

La députée observe que la situation est gelée en Algérie. Le gouvernement affiche une volonté forte de démocratisation mais n’entreprend pas de réformes profondes. Selon la députée « l’Algérie est encore loin de l’ouverture démocratique tant espérée. »

 

Il est fondamental que le projet de loi sur les associations, actuellement en cours de discussion au sein de l’Assemblée Populaire Nationale, garantisse la liberté d’association et assure leur financement dans un cadre transparent. Les associations doivent pouvoir exercer leur mission d’utilité publique. La situation sécuritaire ne peut justifier un manque de proportionnalité entre l’application de la loi et ses objectifs. C’est pourtant ce qu’il semble se dessiner selon les nombreux témoignages d’ONG. La députée s’est dite «sceptique» quant aux réformes politiques engagées en Algérie, sceptique aussi vis-à-vis de la participation des femmes à la vie politique. La députée est critique quant à l’adoption de la loi sur les quotas au sein de l’APN. Selon elle, le code de la famille ne permet de toute façon pas une réelle égalité des genres.

Enfin où sont les jeunes dans les instances étatiques ou parlementaires ? Dans un pays où la jeunesse représente la plus grande partie de la population, n’est-ce pas maladif de laisser seule une « gérontocratie » gouverner ?

 

   L’intégration maghrébine et l’Union méditerranéenne

 

Alors que la région du bassin méditerranéen vit une période historique, la députée regrette la persistance qu’à l’Algérie à fermer ses frontières. Ce serait le moment opportun pour renforcer l’intégration maghrébine. Les peuples le veulent et le demandent. Les représentants du patronat algérien y sont aussi largement favorables. Les pays maghrébins ont des complémentarités économique, une culture et une histoire commune : ils auraient tout intérêt à enfin réaliser une union fraternelle et plurielle.

Il faut ouvrir la frontière entre l’Algérie et le Maroc. La question sahraouie trouverait alors son règlement dans cette ouverture, on sortirait du conflit entre l’Algérie et le Maroc.

Les pays du Maghreb ont une communauté de destin qu’ils partagent avec les pays de l’UE pour relever les défis du XXIème siècle. Malika Benarab-Attou pointe l’accord d’association signé avec l’Algérie depuis 2005 ; il est l’un des plus faibles. Les marchés publics algériens sont captés en grande partie par les entreprises chinoises sans que la jeunesse algérienne ne profite des emplois potentiels liés à tous ces marchés de construction de logements et de chantiers de génie civil.
Si des critères sociaux (emplois et protection sociale) et écologiques étaient intégrés à ces marchés publics, les européens seraient compétitifs au bénéfice des deux partenaires euro-méditerranéens. Une simplification des procédures administratives et une stabilité juridique du champ économique ainsi qu’une lutte contre la corruption permettraient aux investisseurs européens de s’intéresser à ce pays plus qu’ils ne le font actuellement.

 

Une politique écologique en Algérie devient une nécessité urgente : sortir du tout fossile en développant les énergies renouvelables – cf le solaire, mettre en œuvre une protection des côtes (pillage du corail, vol du sable pour faire du béton, destruction des forêts et des parcs…). Un environnement sain est une condition du mieux-vivre. C’est à la portée de l’Algérie dont le potentiel et la diversité offrent des atouts indiscutables. Cela permettrait le développement d’un tourisme écologique et culturel, une source d’emplois dont le peuple algérien a grand besoin.

 

Par ailleurs l’Union Européenne doit revoir sa politique migratoire trop sécuritaire. Il n’est plus acceptable qu’en 2011 les jeunes Africains continuent à mourir en Méditerranée : les responsabilités sont partagées. Il s’agit de construire une société où les jeunes ont envie de se projeter dans une vie décente et heureuse dans le sud, mais dans le même temps où les jeunes bénéficieraient d’une protection et d’une politique humaine pour les jeunes en Méditerranée au nord.

 

Enfin, comment ne pas parler des relations passionnelles et historiques entre la France et l’Algérie, dont je suis quelque part le fruit ? 2012 sera l’année où l’on fêtera le cinquantenaire de l’indépendance algérienne, ne serait-il pas enfin le moment de poser un acte fort de FRATERNITE entre les deux peuples ? Les jeunesses algériennes et françaises veulent construire l’avenir sans oublier le passé. Les responsables politiques ont la responsabilité de répondre à cet appel.

 

Photo 1 : Malika au siège de Djazairouna, « Familles victimes du terrorisme », Blida

Photo 2 : Malika à la Maison de la Presse, avec l’équipe d’El Watan, Alger.


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