Publié par : Malika Benarab-Attou | 16 septembre 2013

Entretien sur Slate.fr

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Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : “Je souhaite que l’assemblée parlementaire qui sera élue en 2014 s’érige en assemblée constituante et définisse pour l’UE une loi fondamentale”

Ecrit par Jamel de L’or dans Politik , le 9/09/2013

1. Les Cabris de l’Europe : comment évaluez-vous, en tant que parlementaire européen issu d’un groupe politique, l’action que vous avez conduite depuis 2009 : quels sont vos trois principaux succès politiques et vos trois principaux regrets ou échecs politiques ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Parmi les succès remportés figure sans conteste le rejet du traité ACTA. Ce traité aurait pu avoir une incidence dramatique sur l’accès aux savoirs et aux médicaments génériques, le respect des libertés publiques et numériques ou encore la brevetabilité du vivant.

En matière de lutte contre le chômage et à l’initiative de mon groupe politique, le Parlement européen a voté en faveur d’une garantie pour la jeunesse visant à sortir les jeunes en difficulté de leur situation de grande précarité. Grâce à nos propositions concrètes, les États membres se sont engagés à la mettre en œuvre.

Enfin, nous avons sauvé le programme Erasmus de la rigueur budgétaire. Son budget ne sera pas réduit mais, au contraire, augmenté !

Parmi les échecs figurent la réduction drastique du budget du programme “L’Europe pour les citoyens” ainsi que le vote d’un texte très faible et non contraignant portant sur la Responsabilité Sociale des Entreprises, sur lequel je m’étais particulièrement engagée.

Enfin, les positions du Parlement européen en matière de politique étrangère ne semblent pas à la hauteur des enjeux. Trop soumis à la politique des États-Unis, nous n’avons pas su répondre à l’appel des peuples de la rive sud de la Méditerranée dans le contexte de révoltes que nous connaissons. Décevant ainsi nos concitoyens, nous risquons d’en payer cher les conséquences.

2. Les Cabris de l’Europe : comment expliquez-vous ces trois principaux succès politiques ? Qu’est-ce qui les a rendu possible ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Je pense que le rôle de la société civile a été déterminant. Les centaines de manifestations dans toute l’Europe contre le traité ACTA, les manifestations de la jeunesse contre les politiques d’austérité et le chômage de masse, l’émotion générale à l’annonce des problèmes de paiement des bourses des étudiants Erasmus… ces mécontentements ont suscité une certaine prise de conscience de la part de tous les groupes politiques du Parlement européen. La mobilisation de la société civile a donc favorisé l’émergence d’un consensus au sein de notre hémicycle où nous les représentons.

3. Les Cabris de l’Europe : comment expliquez-vous ces trois échecs ou regrets politiques ? Quelles en sont les principales raisons ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : La logique de coopération intergouvernementale, encore trop présente dans l’UE, entraîne les États membres à s’accorder sur le moins-disant. En ces temps de crise, ils rechignent à investir dans l’Europe. Chaque denier dépensé au niveau européen doit leur rapporter le maximum de bénéfices. De nombreux programmes, qui ne semblent à première vue apporter qu’une faible valeur ajoutée, et qui sont pourtant essentiels pour l’avenir de notre continent, sont donc sacrifiés. Le programme “L’Europe pour les citoyens” figure parmi ceux qui paient les frais de nos politiques d’austérité.

Par ailleurs, la culture de compromis qui caractérise le Parlement européen a parfois pour conséquence de diluer les priorités des différents groupes politiques. Les textes que nous votons sont en conséquence parfois trop faibles, notamment sur les questions sociales.

Enfin, l’Union européenne n’est pas souveraine en son royaume. Les États membres conservent dans de nombreux domaines des prérogatives très importantes. Par conséquent, notre marche de manœuvre est limitée. C’est notamment le cas sur les questions de politique étrangère où les intérêts nationaux prévalent sur l’intérêt commun.

4. Les Cabris de l’Europe : selon vous, quelles sont les trois décisions qui ont marqué la mandature 2009-2014 du Parlement européen ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : On peut mentionner le rejet du traité ACTA et le soutien à la demande de la Palestine d’obtenir le statut d’observateur à l’ONU.

Les écologistes ont également contribué à l’adoption par le Parlement européen de propositions législatives sur la réforme bancaire garantissant le plafonnement des bonus excessifs des traders et la transparence des activités bancaires.

5. Les Cabris de l’Europe : dans quelle mesure ces décisions auraient-elles pu être prises sans la ratification du traité de Lisbonne en 2009, c’est-à-dire avec les règles de fonctionnement du traité de Nice ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Le Parlement européen n’aurait pas pu rejeter ACTA sans le traité de Lisbonne. C’est grâce à ce traité que le Parlement européen a maintenant son mot à dire en matière de politique commerciale.

En matière de politique étrangère, son rôle consultatif est renforcé car le nouveau haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité doit consulter régulièrement le Parlement européen et veiller à ce que ses vues soient prises en compte.

6. Les Cabris de l’Europe : comment qualifieriez-vous l’évolution institutionnelle du Parlement européen depuis 2009 ? Comment expliqueriez-vous ces évolutions ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Le Parlement européen a vu ses compétences s’accroître : il peut dorénavant décider sur un pied d’égalité avec le Conseil dans de nombreux domaines, comme l’agriculture, la sécurité énergétique, l’immigration, la justice, la santé et les fonds structurels. En matière de budget, il décide maintenant de l’ensemble du budget annuel de l’UE avec le Conseil et donne son aval aux accords internationaux négociés par l’UE. Le Parlement européen, longtemps négligé, a donc acquis un rôle de premier plan aux côtés de la Commission européenne et du Conseil, même si son rôle en matière de politique étrangère doit encore être renforcé.

7. Les Cabris de l’Europe : selon vous, quels seront les trois principaux enjeux sur lesquels se joueront les élections européennes de 2014 ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Voulons-nous une Europe fédérale dotée de ressources propres, capable de prendre les décisions nécessaires à la reconversion écologique de notre économie et au redéploiement de notre industrie ? Voulons-nous une Europe intégrée, resserrée autour de la zone euro, dotée d’un ministre de l’Économie qui rendrait compte au Parlement européen de la mise en œuvre de ses politiques ? Voulons-nous que les prochains parlementaires européens choisissent comme successeur de M. Barroso une personne proche des intérêts des citoyens et sensible à leurs préoccupations sociales ? Dans l’affirmative, il nous faudra voter en conséquence.

Nous devons organiser une campagne électorale vraiment européenne, menée par des hommes et des femmes politiques issus de différents États membres, expliquer clairement à quels problèmes de la vie quotidienne l’Europe peut apporter une réponse, et dissocier ces problèmes de ceux qui relèvent de la compétence de l’État et des collectivités… expliquer de quoi l’Europe est responsable, et de quoi elle ne l’est pas. Les médias devront retransmettre la campagne qui se déroule chez nos voisins et donner aux sujets européens l’importance qu’ils méritent.

8. Les Cabris de l’Europe : quelles sont, à titre personnel, les objectifs que vous vous fixez pour cette nouvelle élection européenne qui aura lieu dans un peu moins d’un an ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Contribuer à la construction d’une Union rénovée sur la base d’une loi fondamentale portant la vision fédérale que nous partageons. Je souhaite en particulier m’investir dans les affaires sociales et la politique de l’emploi, la jeunesse et le partenariat euro-méditerranéen.

9. Les Cabris de l’Europe : qualifiées généralement d’ « élections secondaires », que pouvez-vous faire en tant qu’élu européen pour éviter que le principal vainqueur des élections européennes 2014 soit l’abstention ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Je dois aller sur le terrain, dans ma circonscription notamment, pour expliquer le rôle du Parlement européen dans l’élaboration d’une législation qui les touche directement, expliquer les enjeux des prochaines élections que je viens de citer, et communiquer sur mon action parlementaire afin que les citoyens prennent la mesure du rôle des élus européens.

10. Les Cabris de l’Europe : que diriez-vous à celles et ceux qui hésitent d’aller voter aux élections européennes 2014 ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Voter, c’est choisir l’Europe que l’on veut. S’abstenir, c’est laisser les autres décider pour nous… Il faut bien prendre conscience que les députés européens pour lesquels nous votons pèsent de plus en plus lourd dans les décisions qui touchent notre quotidien. Frais de téléphonie mobile en baisse, diminution des émissions de CO2, droits renforcés pour les voyageurs de train, augmentation des bourses Erasmus pour les étudiants… 60 à 70 % de notre réglementation française dépend aujourd’hui de la législation européenne. Des programmes, définis par le Conseil conjointement avec le Parlement européen et gérés directement par la Commission européenne, permettent également à un nombre considérable d’associations de bénéficier de fonds européens. Le Fonds d’Aide Alimentaire pour les Plus Démunis abonde largement le budget des banques alimentaires, par exemple…

Se dire que ce n’est que tous les 5 ans que nous pouvons influer sur le choix des 74 parlementaires français, et rater le coche ! Ce n’est pas envisageable.

11. Les Cabris de l’Europe : un dernier commentaire ?

Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie – Les Verts) : Je souhaite que l’assemblée parlementaire qui sera élue en 2014 s’érige en assemblée constituante et définisse pour l’UE une loi fondamentale, afin de lui permettre de répondre aux aspirations des citoyens et aux enjeux de notre temps. Si nous lui en donnons les moyens, l’UE peut contribuer à la création d’une société plus équitable et plus écologique, œuvrant pour le bien-être de tous.

Consulter l’article en ligne.

 


Responses

  1. On souhaitait en Algérie avoir une femme comme Malika Benarab-Attou, dans la politique. Vraiment ça nous manque, pour oublier Hannoun;


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