Publié par : Malika Benarab-Attou | 30 octobre 2013

Lyon-Turin / Infrastructure de transport : Pensons plus grand, faisons plus petit !

Les choix politiques dans le domaine des infrastructures de transport ont un impact majeur sur l’interconnexion des territoires, en France et en Europe, et sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, auxquelles les transports participent à hauteur de 30%. Cela, les écologistes le savent.
Ils savent que si nous voulons préparer l’avenir, il faut donner la priorité aux projets les plus utiles en termes de report modal vers les transports propres, de création d’emploi de long terme, d’aménagement du territoire et d’accès à la mobilité pour tous.

Ils savent aussi que ces choix s’effectuent dans un contexte de finances publiques particulièrement restreintes et qu’à l’heure où l’on appelle à des économies partout, l’utilité des deniers publics doit faire l’objet de la plus grande attention. De fait, quand bien même les projets de grande ampleur fourniraient à ceux qui les commandent l’assouvissement de leur mégalomanie, quand bien même ils enrichiraient de manière contestable quelques-uns, c’est l’utilité sociale et environnementale que la raison nous ordonne d’analyser en premier.
Or, c’est exactement le contraire que le gouvernement fait en choisissant de mener à bout le projet de LGV Lyon-Turin.

Un projet coûteux pour une utilité dérisoire

Outre les impacts environnementaux d’un tel projet, son coût absolument pharaonique et les suspicions qui entourent d’éventuels conflits d’intérêt et la tenue de l’enquête publique, l’utilité réelle de la LGV Lyon-Turin est tout simplement dérisoire.

Et si l’on compare son utilité à son coût, la décision d’engager des fonds publics dans ce projet relève alors de l’absurdité la plus complète.

Pour environ 26 milliards d’euros, le Lyon-Turin, s’il était mis en œuvre, creuserait pas moins de trois tunnels majeurs du côté français, qui viendraient de surcroit s’ajouter à une infrastructure existante sous-exploitée. Cette dernière, qui vient d’être rénovée pour 1 milliards d’euros n’est même pas utilisée à 20% de sa capacité et peut, selon toute considération, absorber le report modal pendant encore de nombreuses années.

Basée sur des prévisions de trafic surestimées, sachant que ce dernier diminue depuis 10 ans, la construction du Lyon-Turin, qui ne se terminerait que dans 20 ans, laisserait le problème actuel du fret routier irrésolu pendant encore deux décennies.
L’utilité d’un tel projet est d’autant plus faible lorsque l’on sait que les mesures fiscales et sociales favorisant le report modal ne sont simplement pas effectives et qu’en leur absence, rien ne garantit que ce dernier ait lieu. Plutôt que de dépenser des sommes considérables sur des dizaines d’années pour un gain avoisinant zéro, nous ferions mieux de mettre en place dès aujourd’hui des mesures incitant au report modal!

Les écologistes ne sont pas les seuls à être de cet avis. Dans son avis rendu public le 5 novembre 2012, la Cour des Comptes critique très sévèrement le projet de TGV Lyon-Turin, tout comme le rapport Duron, publiées il y a quelques mois.

Faire les bons choix : Une responsabilité nationale et européenne

Les gouvernements français et italiens sont responsables devant leurs citoyens de tels errements. Mais le dossier du Lyon-Turin doit être une nouvelle occasion de rappeler que le véritable pilotage des infrastructures de transport doit se faire au niveau européen.

En novembre prochain, le Parlement européen adoptera les rapports sur les Réseaux Transeuropéens de Transports et sur le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe. Le premier texte, qui dessine entre autre le réseau prioritaire à finaliser et les grands corridors européens, place malheureusement le Lyon-Turin dans le réseau prioritaire. Le second texte, qui constitue l’instrument financier visant à financer le réseau, dresse une liste indicative de projets prioritaires, dans laquelle figure la LGV Lyon-Turin, et quelques autres grands projets du même acabit. Si l’on procédait ainsi, quelques projets d’envergure ridicule et d’utilité contestable siphonneraient à eux-seuls une enveloppe de 26 milliards d’euros!

C’est une nouvelle occasion de rappeler à quel point nous avons besoin d’une Europe garante de l’intérêt général, que les volontés nationales qui s’expriment au Conseil ne pourraient venir menacer.

Rappelons cependant que si les deux gouvernements se targuent régulièrement d’avoir un financement européen garanti à 40%, ce taux est un maximum, et les financements européens ne peuvent concerner que la partie transfrontalières avec les garanties strictes que les États sont en mesure de financer les 60% restant… ce qui n’est pas le cas.
Nous nous engageons donc peut-être dans un projet qui ne pourra jamais être terminé.

Ces décisions sont insensées. L’Europe souffre de milliers de « chaînons manquants » aux frontières des États-membres. L’histoire du réseau de transport du continent est l’histoire de volontés nationales délibérées de le briser aux frontières. Ces milliers de chaînons manquants n’ont pas la grandeur d’un immense tunnel. Ils ne coûtent pas grand-chose non plus. Pour les combler, il faut parfois électrifier 5kms de lignes, faire des travaux sur quelques kilomètres pour permettre à nouveau le passage des trains. Ensemble pourtant, ils sont la seule véritable voie pour mailler durablement le continent et garantir un report modal durable vers les transports propres.

La bataille n’est pas finie!image

Pour toutes ces raisons, un recours vient d’être déposé auprès du Premier Ministre contre la reconnaissance d’utilité publique du Lyon-Turin. Les écologistes, associés à ce recours aux côtés de nombreuses associations citoyennes se mobiliseront en France et en Europe pour faire entendre la voix de la raison: la transition écologique ne peut attendre, construisons dès aujourd’hui un réseau de transport européen à la hauteur de ces enjeux.

Malika BENARAB-ATTOU (député européenne, Sud-Est) , Jean-Jacob BICEP (député européen, membre de la Commission Transport), Monica FRASSONI (Présidente du Parti Vert européen), Jean-Charles KOHLHAAS (Président de la Commission Transport du Conseil Régional Rhône-Alpes), Michèle RIVASI (député européenne, Sud-Est)


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :